A ma graine de cassis

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Aujourd’hui, ma graine de cassis, tu as treize ans. Tu ne liras pas ces mots, pas maintenant, un jour peut-être, je ne sais pas. Je crois qu’un jour tu pourras les lire, j’aimerais qu’un jour tu puisses les lire, comme tous ces mots que j’écris pour toi depuis… treize ans. Depuis que tu m’as faite mère pour la première fois. C’était il y a si peu de temps que j’ai vu ton visage de bébé, tes yeux qui étonnés me regardaient et moi qui souriais, qui souriais, qui souriais sans rien comprendre si ce n’est que devant moi se tenait le truc le plus incroyable et le plus merveilleux que je n’avais jamais vu de ma vie…

Aujourd’hui, tu as treize ans, et je me répète ces mots, mon fils a treize ans, mon fils a treize ans, mon fils a treize ans…

Tout à l’heure, ton papa est venu chercher des affaires qui t’appartiennent chez moi, quand il est parti je l’ai embrassé et je lui ai souhaité un bon anniversaire. Il y a treize ans, il devenait père pour la première fois… Il a baissé les yeux.

C’est pudique un homme, mon fils, tu sais déjà.

Tellement pudique…

Quand tu es en colère, quand tu as de la peine, tu ne dis rien, tu vas dans ta chambre et tu montes les escaliers en tapant fort fort fort du pied pour que j’entende bien ta colère mais tu ne dis rien. Quelques temps plus tard, tu redescends doucement, tu fais comme si de rien n’était. Nous parlons de tout et surtout de rien, du collège, des jeux que tu aimes, des mangas, des blagues de Toto ou du dernier Picsou, de tout et de rien… Le lendemain, comme ça, pour rien, tu rentres du collège et tu viens t’asseoir sur les genoux de ta « petite » maman. C’est un câlin tout doux, sans un mot.

C’est ta manière de dire : c’est fini, je t’aime.

A Noël dernier, tu étais encore un peu plus petit que moi, juste de la taille du frigo, mon tout petit, tu m’as dépassée maintenant, bientôt tu pencheras la tête pour m’embrasser.

Tu commences à ressembler à un homme, tu as hâte d’avoir une moustache parce que tu aimes le mot moustache, tu répètes : moustache, moustache, moustache et tu éclates de rire !

Tu es si doux mon fils, si doux…

Ma graine de cassis, treize ans aujourd’hui comme tu as grandi…

Ma crapule à roulettes, mon colibri des andalouses, mon petit homme déjà si grand si grand si grand !

Comme je t’aime…

Et comme c’est douloureux cette moitié de vie loin de toi.

Quand tu t’en vas de la maison, tu prends une de tes peluches, le plus souvent tu choisis Bernard le Saint Bernard et tu me la donnes, presque maladroitement, t’excusant presque : Maman, si tu as du chagrin, Bernard est là.

Alors, toi et moi, nous sourions.

C’est ta manière de dire : je suis là, je t’aime.

Quand tu es parti, je prends la peluche contre moi, tu ne le sais pas.

Je la remets sur le frigo, à sa place.

Quand tu me manques, je regarde le Saint Bernard et j’entends : je suis là, je t’aime.

Alors je me souviens que le manque c’est aussi, c’est encore

De l’amour.

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