Quand le corps meurt, peut-être quelque chose ne meurt

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Il faut une première fois pour tout, pour les faire-parts de décès aussi. Oh des papiers, j’en ai reçus, fond blanc liseré noir, tu sais tout de suite, t’as pas envie de décacheter l’enveloppe… Celui que je reçois, aujourd’hui, est mon premier faire-part envoyé par mail. L’objet annonce la couleur, fond blanc liseré noir, regarder l’expéditeur et se demander qui…

Qui est mort ? Le père ? La mère ? Le frère, la sœur, le fils, la fille ?

Au milieu, fond blanc liseré noir, le nom du mort. J’imagine au même moment la peine des autres destinataires, visibles et invisibles, copie carbone sans carbone, qui apprennent comme je l’apprends le décès de celui qu’on a connu vivant, de celui qu’on a aimé aimant. Est-ce que comme moi ils le prennent en plein dans la gueule souffle coupé et puis soudain, non, pas possible, juste des mots, juste un nom, des zéros et des uns sur un écran, c’est pas vrai, c’est pas papier, ça se peut pas…

Quand le corps meurt, peut-être quelque chose demeure. Son souvenir, au moins.

Quand le corps meurt, peut-être quelque chose ne meurt.

Je l’appelle immatériel, ce quelque chose qui demeure, ce qu’on saisit par la pensée ou par le cœur, cet intangible forget me not, je l’appellerais myosotis, aussi, ce serait joli…

Un faire-part virtuel ça fait moins vrai, ça ne fait pas moins mal.

Les mots se figent quelques secondes sur l’écran puis disparaissent, le nom du mort repose quelque part sur une toile virtuelle, peut-être que la mort est une araignée géante, qui sait… Elle en aurait eu assez de se faire attaquer pour faux et usage de faux, elle aurait décidé de se la jouer moderne, elle serait passée au numérique pour faire moins peur…

Un faire-part virtuel ça fait moins peur, ça ne fait pas moins mal.

Le corps de cet homme est sans vie aujourd’hui, me disent les mots du mail, et, les lisant, je comprends que c’est l’immatériel lui-même qui m’annonce la transition du matériel vers l’immatériel.

Je ne crois pas aux coïncidences.

Les coïncidences croient-elles en moi ?

Il suffit peut-être d’une première foi.

Son souvenir, au moins…

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