Je ne me souviens plus de l’été

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C’est un pavillon qui ressemble presque trait pour trait à celui qui est sur sa gauche, à celui qui se trouve sur sa droite aussi. De la rue, j’aperçois le jardin, à l’abandon d’hiver, la façade teintée de bleu, les cyprès aussi qui font la fête au vent… et une lumière à l’étage, derrière la grande fenêtre aux volets non tirés.

Derrière la grande fenêtre aux volets non tirés je vois le lit, à l’intérieur, je vois le grand lit et ces deux têtes d’enfants qui dépassent de la couette chaude.

C’est le premier jour de décembre, il fait grand froid, je ne me souviens plus de l’été ici juste le vent glacial, c’est peut-être pour cela que mon coeur se serre encore plus fort je me mens si facilement c’est la faute du vent bien sûr c’est la faute du vent…

Le petit garçon regarde un écran placé devant lui, il sourit par moments, la petite fille regarde le petit garçon et sourit de ses sourires.

Je suis dans la rue à les regarder et je lutte contre l’envie impérieuse de jeter des petits cailloux contre leur fenêtre.  Qu’ils me regardent, qu’ils me sourient, qu’ils ouvrent leurs bras grand grand grand…

Il fait grand froid et je reste longtemps à les regarder, trop longtemps sans doute. Une porte s’ouvre un peu plus loin et quelqu’un m’observe, quelqu’un se demande pourquoi je suis là, quelqu’un se demande ce que je fais là, quelqu’un se demande si je ne suis pas une menace…

Je les fixe une dernière fois à m’en faire cramer les yeux et je m’en vais, vite, vite à courir dans la rue, vite à fuir sans savoir vraiment où aller avec l’impression tenace d’avoir un gros caillou tout dur à la place du coeur…

Comment sauront-ils retrouver le chemin de ma maison si je n’ai plus de petits cailloux pour marquer la route ? Il est où le chemin qui menait  jadis au coeur de ma chair, il est où le chemin de mon coeur ?

Je les regarde une dernière fois à imprimer le présent au fond de ma rétine, à graver dans chacune de mes cellules une maison dans mon corps, une maison dans laquelle mes enfants peuvent continuer à vivre, à l’intérieur de moi, tout près, tout contre.

Les enfants ne se partagent pas.

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