Le désespoir n’est pas beau

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« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. » A. De MUSSET

Cette glorification romantique de la douleur, de la souffrance et du désespoir m’insupporte. C’est à cela qu’on nous élève, nous les lettrés, nous les apprentis écrivains, nous les nombrilistes, nous les vivants. A trouver que le désespoir est beau, sublime même, allons-y, même pas peur de l’hyperbole…

C’est facile de faire pleurer en appuyant là où ça fait mal, regardez comme je souffre, comme la vie est absurde, cruelle, misérable, admirez mes stigmates, touchez les plaies, vous pouvez même remuer le couteau ça n’en sera que plus beau.

Conneries…

Le désespoir n’est pas beau, c’est l’image sublimée, idéalisée, transformée par l’écriture qui peut paraître belle, la nuance est de taille. Je me reconnais dans la souffrance de l’autre et je la trouve belle, ce faisant, j’en fais un objet que je peux manipuler et, surtout, mettre à distance.

Il est si facile de vendre du désespoir : nous allons tous crever.

Rendez-vous dans votre librairie, votre bibliothèque, allez sur internet et regardez ce qui s’y publie. Faites le compte de tous les textes que vous qualifieriez d’optimistes puis celui de ceux que vous jugez « désespérés ». Vous trouverez peu d’ouvrages qui ne soient « désespérés » quel qu’en soit le degré. Aujourd’hui comme hier un « bon » écrivain est un écrivain qui souffre… Quels sont les écrivains qui ont choisi de consacrer leur œuvre à élever plutôt qu’à nous enfoncer un peu plus ? Il y en a bien peu. Et peu sont admirés. Ceux qui, au contraire, ont choisi d’appuyer là où ça fait mal sont légions, certains ont même beaucoup de talent. « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux »… Vous avez déjà entendu le chant de celui qui souffre réellement ? C’est insupportable, ça n’est pas beau, c’est insupportable et ça te déchire l’âme…

Alors quoi ? Tu méprises les chants les plus désespérés alors que ce que tu écris toi-même on ne peut pas dire que ça soit franchement joyeux ?

Oui.

Et, bien souvent, je méprise ce que j’écris parce que ce n’est pas ce que je veux offrir au lecteur.

Ce texte s’autodétruira sans doute, il n’a pas d’autre but que de laisser ici une colère qui m’embarrasse.

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