Et tu as peur que dans tes mains ne reste plus qu’une bobine nue.

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Toujours, tu lances tes mots comme des cordes, des lignes, et tu t’étonnes quand le poisson s’agite au bout, quand le flotteur s’enfonce sous la surface des apparences.

Toujours, tu tends la main comme tes mots et tu frémis si quelqu’un fait seulement mine de vouloir la toucher.

Souviens-toi de ces bateaux qui partaient pour l’exil, de ces valises en carton bouclées à la va vite de tout ce à quoi on pense qu’on pourrait tenir, peut-être, ailleurs.

Il y a les migrants, debout sur le bastingage, à regarder de tous leurs yeux ceux qui restent sur le quai, à fixer à graver à tailler à retenir des empreintes floues pour combien d’éternités renouvelées ? Ceux qui restent aux bras ballants et aux mains vides, ou presque. Presque. Entre leurs doigts un fil. Juste un fil. A l’autre bout, celui qui regarde, celui qui part. Le bateau s’éloigne et la bobine se déroule et bientôt, dans la main de celui qui reste, un fil qui n’est plus attaché à rien, des centaines de fils sur l’océan et combien encore qu’on ne peut pas même compter ?

Toujours, tu lances tes mots comme des fils et tu as peur que dans tes mains ne reste plus qu’une bobine nue. Le souvenir du fil.

Tu gardes la bobine, tu la rangeras dans ta valise puis dans un petit carton, avec les autres.

Je garde le fil, en souvenir de toi.

Tu gardes la bobine, en souvenir du fil.

Toujours, tu tends les mots comme ta main et tu frémis si quelqu’un fait seulement mine de vouloir y tenir.

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