Il y a les morts qui sont pourtant bien vivants sur la photo…

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Il y a d’abord les deux mariés qui se tiennent la main. Les mariés sont en rouge, peut-être que leurs invités l’ont su, on le soupçonne, des taches rougeâtres parsèment le reste de la photo, le costume du frère, l’écharpe de la cousine, le chapeau de la tante aussi…

Ils sont plus de cent, à vue de nez, la première rangée est debout, les quatre autres sont juchées sur des échafaudages, le ciel derrière, et deux grands chênes.

Il y a le chien aussi, l’enfant qui tient le sac à main de sa grand-mère avec fierté, le violoniste, et aussi celui qui joue de la cornemuse, est-ce que ça existe, d’abord, un cornemusier ?

Il y a les parents qui encadrent les mariés et qu’est-ce qu’on peut bien dire des parents ?, il y a les parents qui sont heureux et tristes à la fois et qu’arrivent pas à se décider entre le sourire et les pleurs…

Il y a celui qui fait un geste de la main comme s’il saluait le photographe, celle qui tire la tronche elle est là mais c’est parce qu’on l’a obligée, celui qui affuble son voisin de devant de deux oreilles de lapin, celle qui éclate d’un rire qu’on dirait faux, celui qui regarde ostensiblement ailleurs, l’enfant juché sur les épaules qui tire la langue, l’homme qui réajuste le nœud de sa cravate, on voit qu’il n’a pas l’habitude, il a dû mettre le costume spécialement pour l’occasion, la femme qui se souvient de ce qu’on lui a dit à propos de son meilleur profil et qui se présente finalement de trois quarts parce que ça met en valeur sa poitrine, la mère qui vérifie que son gosse se tient bien, le curé qui sourit gentiment, l’arrière grand-mère dans sa chaise et la tante qui vérifie qu’elle n’a ni trop chaud ni trop froid…

Il y a les morts qui sont pourtant bien vivants sur la photo, les couples déchirés depuis et peut-être même les mariés qui sait…

Il y a l’arrière de la photo, ce qu’on ne voit pas, les femmes qui s’activent il faut servir le repas bientôt et avec tout ce monde c’est du boulot quand même et celle qui ne veut jamais être sur les photos parce qu’elle se trouve laide et celui qui pleure en dedans et qui sera jamais sur la photo parce que c’est lui qui devrait être aux bras de la mariée et pas l’autre, celui qui a le beau costume rouge…

Il y a les animaux autour qui regardent ces hommes et ces femmes alignés en rangées sans vraiment comprendre, il y a les fourmis les vaches et les oiseaux et les piétons et les autos aussi tout le monde s’est arrêté parce que c’est beau quand même ces sourires et il est sacrément beau ce moment qu’on fige un deux trois qu’est-ce qu’on est beaux un deux trois qu’est-ce qu’on y croit on sera beaux toute notre vie et on s’aimera toujours et on se le dira et on se le redira ce sera aujourd’hui tous les jours et merde à tous ceux qui disent que l’amour ça peut pas durer toujours.

Il y a les morts qui sont pourtant bien vivants sur la photo…

Il y a le vide sur le mur, à l’endroit de la photo.

Un clou.

Et rien autour.

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