C’était toujours se souvenir, c’était surtout ne jamais oublier

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C’était jour comme les autres et c’était pas n’importe quel jour, c’était ton anniversaire et c’était pas d’anniversaire c’était le jour des morts c’était celui des corps et tu comptais les morts et tu comptais les corps

C’était mains qui n’étaient pas les tiennes et qui étaient tiennes, mains des vieux mains des moulins mais ses ailes de géant t’empêchaient de marcher, écrire disais-tu, s’interdire d’écrire disait-il c’était encore plus dur

C’était oeil boule à neige elle ne parlait pas ou si peu, elle regardait elle parlait peu mais elle disait six lances quand les mots étaient armes et tu ne voulais pas entendre

C’était lèvres à lire tes chemins de solitude et la peur d’être seul aussi, c’était toi sur la route c’était toi dans la maison voiture toi le lapin figé dans les phares c’était mémoire des exils

C’était jambes lourdes et fatiguées les plaies les écorchures les luttes la fuite aussi, c’était famille tous ces kilomètres alignés, étais-tu ces hommes et ces femmes et pourquoi avais-tu toujours peur d’oublier qui n’était pas toi était toi et qui fuyais-tu que tu n’étais pas déjà ?

C’était le cœur sur les passages cloutés le sang du christ et le vin chemin de vies tu avais suivi les flèches tu regardais les pancartes et les mots sur les pancartes ce qu’ils voulaient dire et ne disaient pas sortie de secours

C’était le sexe des gisants des passeurs des passants des mineurs des cyclistes et des piétons les héros les salauds et l’omnivisible sauveur aurait-il le dernier mot fallait pas l’écouter mais se souvenir il fallait

C’était l’oreille collée à la radio la nuit, le casque du walk-man et derrière le bruit du moteur aussi, c’était peut-être Ferré ou c’était Noir Désir et si ça parlait d’armes était-ce la même guerre et était-ce même ta guerre?

C’était musiques et mots qui n’étaient pas les tiens qui étaient tiens, c’était cette chanson trop mièvre que tu n’aimais même pas mais elle te faisait pleurer

C’était toujours se souvenir, c’était surtout ne jamais oublier

C’était d’où tu venais, c’était ce qu’on disait, c’était d’où que tu venais ?

C’était le lapin sans son pyjama, la maîtresse en maillot de bain et travaille bien à l’école

C’était hier et avant, c’était surtout avant mais quel avant à qui l’avant à celui qui se souvenait ?

C’était qui ils étaient, c’était la mémoire greffée au corps, tu avais tellement dit tout ce que tu n’étais pas je ne suis pas Antonin Artaud c’était la folie si proche et les routes et les carrefours et choisir encore

C’était je ne suis pas Jean Sol je suis un homme fait de tous les hommes tu aurais tellement voulu écrire cela les mots c’était pas coquilles vides c’était amour à l’intérieur et c’était elle que tu cherchais à travers elles ces elles de géant t’empêchaient de marcher

C’était trop érudit, trop écrit, trop virtuel, trop intangible, t’aurais voulu toucher et serrer contre toi au moins une fois c’était impossible à transmettre tu disais et tu voulais pas le croire et c’était ton sang ton corps ta mémoire souvent la nuit ça réveillait

Dans le lit, juste à côté, l’enfant dormait.

C’était cela ton héritage ? Des mots, des corps, des cris, trajets et traversées, la mer méditerranée, un océan entre les oreilles, vous êtes ici disais-tu en montrant ta tête, c’était

Et l’enfant, pensais-tu, lui donnerai-je les mots les morts les corps et les mémoires, était-il un être neuf, neuf neuf neuf, tu comptais jusqu’à cent, tu comptais tout le temps surtout ne pas oublier, et l’enfant pensais-tu, l’enfant qui n’avait pas traversé les alpes et ses ailes de géant…

Et l’enfant c’était toi, aussi.

Pourquoi l’imparfait ?

Pour apprendre à compter les vivants, l’air de pas y toucher…

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