Elle tenait debout, ça suffisait

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C’est pas qu’elle était bien belle, ni même qu’elle avait vraiment beaucoup de valeur, elle était vieille et tombait en morceaux. C’était pas grave, elle tenait debout, ça suffisait, elle tenait chaud l’hiver, il y faisait bon vivre. La maison de la grand-mère, c’est comme ça qu’ils l’appelaient, les trois frères. Chacun d’entre eux la connaissait sur le bout des genoux à force d’avoir frotté la poussière et enlevé les ronces aussi, parfois. La grand-mère n’était pas riche, la maison c’était son héritage. Pas de chauffage, une cheminée – on avait installé un poêle ensuite -, une grande pièce à vivre comme ils disent aujourd’hui pour parler du salon, sauf que là c’était vraiment LA pièce à vivre, les toilettes au fond du jardin vous savez bien…

La mère avait donné la maison au fils aîné, les deux autres vivaient au loin et puis, lui, le grand frère, c’est sans doute celui qui y tenait le plus. C’était devenu chez lui, à coups de peinture, de ciment et de sueur, c’était la maison des rêves à venir, du jour où il aurait de l’argent et du temps, beaucoup de temps, à planter les bulbes, arroser les plants et tailler les haies aussi. Et une femme qui lui tiendrait la main le soir, après les travaux, assis au chaud devant la vieille cheminée. Le moindre sou économisé c’était pour la maison, c’était pour les rêves. Il y avait emmené femme enfants et amis, le bonheur ça se partage, on y avait fêté les anniversaires, les mariages et les Noëls, ça sentait la tarte aux pommes et les marrons grillés, ça sentait les vacances et les souvenirs d’enfance vous savez bien…

C’était pas grand chose comme héritage, juste quatre murs rafistolés mais ça tenait debout et ça liait tout. Les rêves et la réalité,  les petits et les grands, les grandes tablées sous les feuilles du Polownia, celui-là même que la grand-mère avait planté et qu’elle appelait « mon arbre chinois ». C’était pas grand chose mais pour lui, le grand frère, c’était un rêve à portée de la main et ça c’était pas rien. C’était tout.

Pourquoi l’imparfait ?

Parce que cette nuit elle a brûlé, la maison de la grand-mère. Ne restent que les murs, encore debout.

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