C’était froid, c’était blanc, c’était… toujours pareil

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Du plus loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vu la neige sur le mont, et tout autour. Il n’était pas sans savoir qu’ailleurs, dans d’autres contrées, l’herbe pouvait être verte et bleue la mer. Il le savait, il l’avait vu dans les livres d’images de la bibliothèque des moines, tout là-haut. N’empêche, à chaque fois qu’il se mettait à sa fenêtre pour observer le lever du soleil c’était la même plaine enneigée qu’il contemplait. La lumière variait cependant, du gris profond, presque noir, jusqu’à des blancs teintés de rose, de bleu et parfois d’or.

Il observait les toits enneigés, la foule qui se pressait dans les ruelles – c’était jour de marché – et, au loin, les deux sempiternels voiliers, ils ne rentreraient jamais au port, comme figés dans cette mer de glace.

Depuis combien de temps est-ce que tout cela durait, il n’aurait pu le dire. C’était froid, c’était blanc, c’était… toujours pareil, à se demander à quoi servaient les pages du calendrier que le père supérieur tournait chaque matin. Il observait et il pensait, il pensait et il observait, il ne savait même plus s’il observait ce qu’il pensait ou si c’était ce qu’il pensait qui l’observait…

Tout à coup, il est brutalement envoyé contre le plafond, tête à l’envers c’est comme un tremblement de terre, c’est violent, l’horizon bascule, dans la petite pièce les meubles se soulèvent, puis tout se retourne à nouveau, en un instant.

Pour la première fois, accoudé au rebord de sa fenêtre, il voyait la mer le bleu le vert, voyait le sable le jaune  le fauve, voyait le rose et le gris des toits, le détail des pierres sur le sol, les peintures des maisons, soudaine avalanche de couleurs. Mais ce n’était rien, absolument rien, à côté de ce qui tombait du ciel…

Tout là-haut, la statue dorée de l’archange Saint Michel brillait comme jamais. Tout autour, des flocons irisés, semblant flotter, légers, recouvraient peu à peu le paysage d’une blancheur trop connue.

 

Pourquoi l’imparfait ?

Parce que ça voulait être.

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  1. Superbe… je viens de voir une vidéo sur le travail du peintre roman opalka qui tend à la blancheur absolue (voir « fondu au blanc » sur l’ina)et votre texte tombe à point…

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