Elle s’était relevée

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C’était peu après le onze, peut-être le douze, ou le treize, elle ne le savait pas. Elle  était restée assise sous le tilleul dans le parc, incapable de bouger, comme figée. Elle fixait la terre des yeux, elle ne voulait plus les relever, surtout ne pas risquer de voir ce qui manquait. Un homme était passé qui l’avait appelée, elle n’avait pas répondu. Il avait insisté, s’était approché doucement d’elle, lui parlant comme on parlerait à un enfant ou à un animal craintif. Alors elle s’était relevée, enfin. Et elle avait regardé. Le trou. Le rien au milieu des immeubles encore fumants. C’était là qu’elle travaillait, c’était là qu’elle aurait dû se trouver quand la première tour s’était écroulée. Elle était allée prendre un café, c’est tout. Sa vie tenait à un café.

Elle avait regardé le rien béant et elle avait repensé à sa vie. A son mari, ses gosses, ses parents, ses amis, ses voisins et tous les autres aussi. Puis au café, aux sièges en plastique, au patron qui disait  « comme d’habitude ? » et au chien gris devant la porte toujours ouverte.

Dans le relevé des morts, la longue litanie, son nom figurerait. On la pleurerait un peu, sans doute. Peut-être même y aurait-il quelqu’un à qui elle manquerait. Mais fallait se relever, il n’y avait plus rien d’autre à faire.

Pourquoi l’imparfait ?

Pour que ce ne soit plus.

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