Il écrivait

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C’était comme s’il avait poussé à partir des doigts. Enfant, il devait être un bras, bébé, une main sans doute, deux peut-être. Adulte, c’était mon père, cet homme aux doigts qui ne savaient pas finir.

Il ne frappait pas, il écrivait. Il tapait sur sa machine à coups de rage, et de poésie aussi.

Il ne parlait pas, il écrivait. Il disait beaucoup au papier, et à l’encre aussi.

C’était comme s’il avait poussé à partir des doigts, le bras le torse les jambes la tête le cœur et la bouche à la fin. C’était mon père, cet homme  à la bouche qui ne savait pas dire et aux doigts qui ne voulaient pas finir.

Il s’asseyait sur le petit tabouret à côté du téléphone et ce n’était plus un géant. Je regardais ses mains. Ses mains, ses doigts, puis le cadran. Tout était déjà joué d’avance mais il s’obstinait. Les gros doigts dans les petits ronds du disque rotatif, l’arrivée pénible sur la butée de métal, le doigt pris au piège, le visage de mon père rougissait mais il recommençait, le doigt trop grand qui glisse, il recommençait encore, les faux numéros, les pardon excusez-moi, il recommençait toujours.

Je faisais le numéro pour lui. A la fin.

Pourquoi l’imparfait ?

Parce que ça n’est plus.

 

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